Aniwave : tout savoir sur le géant du streaming anime illégal

Aniwave

Un site gratuit, sans inscription, avec 14 000 titres disponibles en haute définition – et 170 millions de visiteurs par mois au moment de sa fermeture.

Aniwave n’était pas un simple site pirate parmi d’autres : c’était une infrastructure à l’échelle industrielle, démantelée en août 2024 lors d’une opération internationale qui a fait trembler l’écosystème du piratage mondial.

Qu’est-ce qu’Aniwave et d’où venait-il?

Aniwave trouvait ses racines dans un projet fondé en 2016 sous le nom de 9anime. Le principe était simple : agréger des milliers de séries et films d’animation japonaise, des shonen aux seinen, en passant par les isekai et les slice of life, pour les rendre accessibles gratuitement, sans compte utilisateur ni abonnement.

En 2023, le site a officiellement changé de nom. La raison, affichée publiquement par les opérateurs eux-mêmes : « Because of DMCA issues and multiple ISPs blocking our domain, we decided to rebrand 9anime as Aniwave. »

Le rebrand n’avait rien d’un simple lifting visuel – il s’agissait de fuir les blocages des fournisseurs d’accès et les assignations judiciaires qui s’accumulaient.

La bibliothèque du site dépassait les 14 000 titres, disponibles en versions sous-titrées et doublées, souvent en qualité HD.

Aucun paiement, aucun formulaire d’inscription : on arrivait sur le site, on cherchait son arc préféré de Hunter x Hunter ou le dernier épisode d’une série en cours, et on regardait. Pour des millions de fans, notamment hors des zones couvertes par les plateformes légales, c’était difficile à concurrencer.

Une ascension fulgurante dans le monde du piratage anime

Aniwave

La trajectoire du site en chiffres est éloquente. En octobre 2020, TorrentFreak le décrivait déjà comme un « major player in anime piracy » avec 39 millions de visites mensuelles.

Trois ans plus tard, le même média le qualifiait de « piracy behemoth » – le monstre du piratage anime – avec 214 millions de visites par mois enregistrées en mai 2023.

À son apogée, le domaine .to d’Aniwave se classait 164e site mondial, tous secteurs confondus. Plus de 30 % de son trafic provenait des États-Unis, ce qui en faisait une cible prioritaire pour les ayants droit américains.

Au moment de sa fermeture en août 2024, le site avait légèrement reculé à environ 170 millions de visiteurs mensuels – ce qui reste un volume colossal.

Pour donner un ordre de grandeur : des séries isekai portées par des licences légales sur Crunchyroll affichent des audiences bien inférieures à ces chiffres.

L’ampleur du phénomène illustre à quel point le piratage anime capturait une demande que les plateformes officielles ne satisfaisaient pas entièrement.

Comment s’est déroulée la fermeture d’Aniwave?

Le 27 août 2024, Aniwave disparaît. Deux jours plus tard, l’Alliance for Creativity and Entertainment (ACE) confirme avoir coordonné l’opération avec la police vietnamienne. Deux individus basés à Hanoï sont arrêtés pour leur rôle dans la gestion du réseau.

Ce qui frappe dans cette opération, c’est son ampleur. Aniwave n’était qu’une pièce d’un réseau plus large. Les sites fermés simultanément – FMovies, Bflixz, Flixtorz, Movies7, Myflixer – totalisaient collectivement 6,7 milliards de visites entre janvier 2023 et juin 2024, soit près de 374 millions de visites mensuelles cumulées.

L’ACE a qualifié cet ensemble de la plus grande plateforme de piratage mondiale active à ce moment-là. Sur le site, les opérateurs ont laissé un message d’adieu accompagné du clip de « See You Again » de Wiz Khalifa et Charlie Puth.

Le texte invitait les utilisateurs à soutenir les créateurs en passant à des services légaux. Une sortie étrange, presque mélancolique, qui a généré plus de 34 000 likes et 7 700 reposts en quelques heures sur X.

Pourquoi Aniwave était dans le viseur des ayants droit depuis des années?

Aniwave avis

La fermeture d’août 2024 n’est pas tombée du ciel. Dès 2023, alors que le site opérait encore sous le nom de 9anime, l’ACE avait lancé une assignation DMCA ciblant Cloudflare, le service d’infrastructure réseau utilisé par le site. L’objectif : obtenir les données d’identification des opérateurs cachés derrière l’anonymat du CDN.

Des blocages au niveau des fournisseurs d’accès s’étaient multipliés dans plusieurs pays. C’est précisément cette pression combinée – assignations judiciaires, blocages ISP, surveillance accrue – qui avait poussé les opérateurs à rebaptiser le service en Aniwave. Un changement de nom qui leur a acheté environ un an supplémentaire.

L’ACE, qui regroupe les principaux studios hollywoodiens et plateformes de streaming parmi ses membres, avait classé ce réseau comme une priorité absolue.

La qualification de « piracy behemoth » par TorrentFreak n’était pas anodine : elle signifiait qu’aucune négociation informelle n’était envisageable, contrairement à des sites plus modestes parfois contraints de retirer des contenus sans procédure judiciaire.

Après Aniwave, quelles alternatives légales pour regarder des anime?

Le message d’adieu du site invitait lui-même à soutenir les créateurs. Pour les fans d’anime, le paysage légal s’est considérablement étoffé ces dernières années.

  • Crunchyroll : la référence mondiale avec des simulcasts lancés dès la diffusion japonaise, une bibliothèque de plusieurs milliers de titres et une version gratuite avec publicités.
  • ADN (Anime Digital Network) : la plateforme française, avec simulcasts et une offre adaptée au public francophone.
  • Netflix : catalogue sélectif mais des productions originales solides, dont certaines co-produites avec des studios japonais.
  • Amazon Prime Video : présence moins systématique, mais quelques exclusivités notables selon les saisons.

L’enjeu dépasse le simple confort du spectateur. Les mangas et leurs adaptations animées reposent sur un modèle économique fragile, où les revenus de diffusion financent directement les studios d’animation – des structures souvent sous-capitalisées.

À 170 millions de visiteurs mensuels détournés des circuits légaux, l’impact sur les créateurs était réel.

Pour ceux qui souhaitent aller au-delà du streaming et toucher à la culture manga dans sa dimension plus large, des communautés comme les sites de scantrad francophone naviguent eux aussi dans une zone grise juridique qui pose des questions similaires.

Aniwave a fermé avec 6,7 milliards de visites à son actif – un chiffre qui dit tout sur la demande réelle des fans d’anime, et sur le chemin qu’il reste à parcourir pour que l’offre légale la rencontre vraiment.