Un personnage présenté comme le grand méchant d’un arc shonen classique qui finit par devenir l’un des héros les plus aimés de toute la franchise – voilà un arc narratif que peu de manga osent vraiment réussir.
Piccolo n’a pas simplement changé de camp : il a redéfini ce que peut être un antagoniste qui évolue. Voici tout ce qu’il faut savoir sur lui, du chapitre 161 jusqu’à Dragon Ball Super.
Origines et identité de Piccolo
Piccolo fait sa première apparition au chapitre 161 du manga Dragon Ball, publié le 9 février 1988 dans le Weekly Shōnen Jump. Il se présente alors comme le fils du Roi Piccolo – lui-même apparu dès le chapitre 135, en août 1987 – et comme sa réincarnation directe.
Ce détail narratif est fondamental : Piccolo n’est pas simplement un héritier, il porte en lui les désirs inassouvis de son père, notamment celui de conquérir le monde.
Au moment de son introduction, il est présenté comme appartenant au Clan des Démons, le Mazoku en japonais.
Akira Toriyama brouille volontairement les pistes, ancrant le personnage dans un registre démoniaque qui servira la narration de l’arc 23e Tenkaichi Budokai.
La révélation viendra plus tard : Piccolo est en réalité un Namekien, originaire de la planète Namek, un être extraterrestre dont la physiologie et les pouvoirs s’expliquent enfin.
Le nom « Piccolo » est celui d’une petite flûte – un détail cohérent avec la logique de Toriyama, qui nomme souvent ses personnages sur des thèmes musicaux ou alimentaires selon les arcs.
Ce nom contraste avec la brutalité du personnage, et c’est précisément ce type de décalage qui donne à Dragon Ball son ton si particulier.
Pourquoi Piccolo s’appelle-t-il Petit Cœur en France?

Pour une génération entière de fans francophones, ce personnage n’a jamais été « Piccolo ». Il s’appelait Satan Petit-Cœur, et ce nom est apparu à l’épisode 102 de Dragon Ball diffusé au Club Dorothée en janvier 1990. Derrière ce choix se cache une anecdote d’adaptation aussi savoureuse qu’instructive.
Les adaptateurs français auraient mal déchiffré le nom japonais « Pikkoro » en redoublant la syllabe finale « ko » pour obtenir « Kokoro » – soit « cœur » en japonais.
Le préfixe « Petit » vient probablement de la volonté de rendre le nom plus accessible, voire enfantin, pour un public télévisuel jeune. Le résultat phonétique est une erreur de bonne foi qui a traversé des décennies.
Le titre « Daimaō » (大魔王, Grand Roi Démon) a été traduit par « Satan », une référence judéo-chrétienne censée ancrer l’antagonisme du personnage dans une imagerie familière au public européen.
Ce n’est qu’en 1994, avec l’édition manga de Glénat, que le public français découvre enfin le nom original Piccolo. Pour beaucoup, la surprise fut réelle.
Cette particularité française n’est d’ailleurs pas isolée. Au Portugal, le personnage est appelé Coraçãozinho (petit cœur), et en Catalogne Cor Petit – soit exactement la même traduction.
Ces trois zones linguistiques ont manifestement partagé ou reproduit la même logique d’adaptation, ce qui dit beaucoup sur la circulation des versions localisées à cette époque.
Quels sont les pouvoirs de Piccolo?
Piccolo dispose d’un arsenal technique qui le distingue nettement des guerriers Saiyens. Sa physiologie namekienne lui offre des capacités que ni Goku ni Gohan ne possèdent nativement.
La plus connue reste l’allongement des bras, qu’il utilise aussi bien pour surprendre un adversaire que pour immobiliser une cible à distance.
Sa capacité de régénération est peut-être sa caractéristique la plus redoutable en combat prolongé : il peut régénérer un membre sectionné, tant que sa tête reste intacte.
Cela lui confère une endurance tactique unique. Sa vitesse de déplacement atteint un niveau où il devient invisible à l’œil nu, et son ouïe surhumaine lui permet de percevoir des échanges à plusieurs kilomètres.
La technique Chōkyoshinjutsu lui permet de se transformer en géant, atteignant des proportions comparables à de grandes montagnes. Cette forme sacrifie une partie de sa rapidité mais démultiplie sa force brute.
Piccolo y a recours dans des situations très spécifiques, souvent pour impressionner ou écraser un adversaire moins mobile.
Ses aptitudes psychiques sont moins spectaculaires visuellement, mais tout aussi significatives dans la narration. Il peut communiquer par télépathie et lire les esprits, une capacité qu’il utilise notamment pour entraîner Gohan et coordonner des stratégies à distance.
Ces pouvoirs mentaux rappellent que Piccolo n’est jamais un simple guerrier de force brute – c’est aussi un tacticien.
L’évolution de Piccolo au fil des arcs narratifs

L’arc du 23e Tenkaichi Budokai pose Piccolo comme antagoniste principal face à Goku. Son objectif est clair : venger la mort du Roi Piccolo et dominer le monde.
Toriyama ne le présente pas comme un antagoniste complexe à ce stade – il est menaçant, calculateur, et sa défaite face à Goku laisse une promesse de revanche en suspens.
Le vrai tournant intervient lors de l’arc des Saiyens. Piccolo accepte d’entraîner le jeune Gohan, fils de Goku, et ce choix transforme radicalement sa trajectoire narrative.
La relation maître-élève qui se noue entre eux est l’une des plus touchantes du shonen de cette génération : Piccolo, être sans enfance ni famille, devient progressivement un père de substitution pour un enfant que son propre géniteur confie à son ancien ennemi.
Ses fusions successives définissent ensuite sa montée en puissance. La réunification avec Kami lors de l’arc Cell lui restitue son niveau namekien complet et lui permet de rivaliser brièvement avec les Androïdes.
L’absorption de Nail, un guerrier namekien rencontré sur Namek, avait déjà amorcé cette logique de fusion qui est propre à la physiologie de son espèce.
Sa forme la plus puissante à ce jour dans Dragon Ball Super est atteinte après l’éveil de son potentiel latent – une transformation sobrement désignée comme Piccolo Orange ou Piccolo Éveillé selon les sources, introduite dans le film Dragon Ball Super : Super Hero.
Ce parcours depuis antagoniste solitaire jusqu’à pilier protecteur du groupe n’a rien d’artificiel. Toriyama prend le temps de justifier chaque étape, et c’est ce soin narratif qui distingue Piccolo d’un simple personnage secondaire recyclé.
Tout comme Freezer, dont chaque transformation révèle une nouvelle couche de menace, Piccolo évolue par paliers cohérents avec son identité profonde.
Comment meurt Piccolo dans Dragon Ball Z?
Piccolo meurt à plusieurs reprises dans la franchise – c’est l’un des personnages les plus souvent tués et ressuscités de Dragon Ball Z. Sa première mort marquante survient à l’An 762, face à Nappa : le Saïyen lance une attaque létale sur Gohan, et Piccolo s’interpose pour protéger son élève, absorbant le choc mortel à sa place.
Cette mort a une conséquence narrative majeure que l’on oublie souvent. Piccolo et Kami étaient liés par un lien vital depuis leur séparation originelle : la mort de l’un entraîne celle de l’autre.
Les Dragon Balls de la Terre cessent donc d’exister au même moment, privant les héros de leur outil de résurrection habituel. C’est une des rares fois dans Dragon Ball où une mort entraîne une conséquence scénaristique en cascade aussi lourde.
Sa seconde mort majeure intervient à l’An 774, lors de l’arc Majin Buu. Piccolo est absorbé par Buu avec Gotenks et Gohan, ce qui permet au monstre rose de décupler sa puissance. Lorsque Buu détruit la Terre, Piccolo périt avec la planète entière.
Il est ensuite ressuscité grâce aux Dragon Balls de Namek, une solution de secours que les héros utilisent précisément parce que les boules terrestres sont hors service.
L’anime ajoute une troisième mort à l’An 779, un sacrifice contre Freezer non présent dans le manga.
Dragon Ball GT prolonge cette logique sacrificielle jusqu’en l’An 790. Ces morts répétées auraient pu banaliser le personnage – elles finissent surtout par souligner à quel point Piccolo choisit systématiquement de se placer en dernier.
Piccolo reste le personnage non-Saiyen le plus marquant de la saga

Les sondages de popularité du Weekly Shōnen Jump ne mentent pas sur ce point : Piccolo s’est classé 5e en 1993 et en 1995, dans une franchise dominée par des Saiyens capables de se transformer en Super Saïyen.
Tenir ce rang sans transformation dorée ni héritage génétique glorieux dit quelque chose sur la solidité du personnage.
Ce qui attache le public francophone à Piccolo, c’est probablement la combinaison de sa rigueur et de sa vulnérabilité discrète. Il ne sourit pas, il ne plaisante pas comme Goku, il ne cherche pas la reconnaissance.
Mais il se lève à chaque fois que Gohan est en danger, et ça, une génération entière de téléspectateurs du Club Dorothée l’a ressenti avant même de comprendre les mécaniques de combat du manga.
Son statut de Namekien lui confère aussi une solitude narrative que les Saiyens n’ont pas : il n’a pas de famille, pas de peuple proche, pas de relation romantique.
Ce vide autour de lui rend chaque lien qu’il tisse – avec Gohan, avec Nail, avec Kami – d’autant plus fort. Dans un shonen qui célèbre les liens du sang et de l’amitié guerrière, Piccolo prouve qu’on peut exister pleinement en dehors de ces codes. Tout seul, vert, et debout.